Alors qu'on célébrait en 2004 le septième centenaire de la naissance du poète et moraliste italien, le zèle éditorial des "pétrarquiens" français contraste avec la relative inertie de sa patrie d'origine.
Les commémorations ! Pour ne pas rester machinales et "culturelles", il leur faut coïncider soit avec un tournant encore latent de la réflexion historique, soit avec un changement général de perspective modifiant imperceptiblement jusque-là la réception d'un auteur, d'un événement, d'un personnage-clé.
Le septième centenaire de la naissance de Pétrarque en 2004 a-t-il bénéficié d'une telle conjoncture ? Le rétrécissement actuel de la mémoire littéraire le condamnait à une semi-clandestinité. Pourtant, grâce à trois petites maisons d'édition, Les Belles Lettres, Jérôme Million et Champion, la France n'a démérité ni de sa Renaissance, qui naturalisa français le Toscan grandi en exil à Carpentras et à Avignon, ni de l'historicisme du XIXe, qui relança en 1892 les études sur le poète avec le Pétrarque et l'humanisme de Pierre de Nolhac.
Le contraste entre le zèle éditorial des "pétrarquiens" français et la relative inertie de la patrie du poète a fait réagir l'un des meilleurs connaisseurs italiens de la tradition littéraire transalpine, Amedeo Quondam. Dans un bref et vigoureux essai, lui aussi non encore traduit, Pétrarque l'Italien oublié, il retrace la généalogie de la doctrine littéraire du Risorgimento italien, esquissée dès le début du XIXe siècle par le poète jacobin Ugo Foscolo et étayée après l'unité italienne par l'historien Francesco De Sanctis. Cette doctrine "nationale" canonise Dante et déprécie Pétrarque, "père" coupable de plusieurs siècles de littérature péninsulaire déchue de Dante, dont le mâle génie enfin retrouvé aurait inspiré la politique des restaurateurs de la nation et aurait nourri sa nouvelle et patriotique littérature.




