tu éviterais d'être manicheén sur les méchants libéraux favorables aux travail des enfants, de ne répeter bêtement tous les arguments des antilibéraux
pour apaiser un peu les débats, je te demande juste que l'on réflechisse ensemble à une évolution qui me semble décisive et pourtant encore mal restituée par les différents courants politiques.
voilà, personnellement, comment je perçois les choses.
le système que je dénonce en partie, ce n'est pas le système "libéral" pas plus que le système capitaliste.
Un système libéral est un système dans lequel chaque individu, placé dans une situation d'égalité civile, est libre, libre de créer, libre d'entreprendre, libre de travailler. C'est un système dans lequel seul le mérite compte et est déterminant de la réussite sociale.
Je ne suis pas partisan d'un système politique autoritaire, donc je ne suis pas anti-libéral.
Le capitalisme quant à lui est basé sur l'idée de propriété privée.
Je ne suis pas favorable à l'abolition de la propriété privée.
Donc, pour enchaîner sur un débat de qualité, cadrons bien les choses : je ne suis pas anti-libéral car je ne suis pas anti-libertés.
Je ne suis pas anti-capitaliste car je ne suis pas anti-propriété privée.
Je vais te dire au fond ce que je crois être : démocrate. Mais pas démocrate au sens édulcoré du terme. Démocrate au sens premier : ce sont les peuples sur cette planète qui doivent déterminer leur destin, pas une minorité de petits accapareurs.
Je crois qu'aujourd'hui, nous sommes entraînés dans une logique de financiarisation anti-démocratique (car elle ne profite qu'à une infime minorité de personnes sur cette terre - cf. par ex. l'évolution des hauts revenus par rapport aux revenus moyens...) qui menace les fondements mêmes de nos sociétés précisément libérales. Je m'explique.
Des milliers d'entreprises tenues, non plus par un actionnariat intéressé aux performances industrielles mais par des fonds spéculatifs sans foi ni loi motivés exclusivement par une logique financière à court terme : ce n'est pas seulement une situation défavorable aux pauvres petits salariés. C'est aussi une structure d'organisation nouvelle, à des centaines de kilomètres de l'idée même de capitalisme !
Le capitalisme traditionnel, c'est un patron, chef d'entreprise, détenant majoritairement les actions représentant sa boite et mué par une logique économique.
C'est à tout le moins un actionnariat "de proximité", connaissant les réalités de l'entreprise qu'il possède et intéressé à sa viabilité économique.
ce "nouveau" système (comment l'appeler ?), dans lequel on vit, ce sont des actionnaires disséminés aux quatres coins du monde, ne connaissant rien aux entreprises qu'ils détiennent, mués par une logique court-termiste du maximum de dividendes, spéculant à droite à gauche.
ce totalitarisme là, le premier à en pâtir, c'est le chef d'entreprise lui même !
aujourd'hui, l'entité économique de l'Entreprise est en passe de changer de patron.
Les grosses boites du CAC 40, de fait, ne sont plus dirigées par les chefs d'entreprise mais par les actionnaires ! On ne semble pas avoir pris la mesure de cet énorme changement.
Pourtant, c'est tout un système qui est bouleversé.
Nous sommes sortis du libéralisme pour entrer dans quoi ?
ce système ultra-financier abouti à des aberrations totalement contraires aux fondements libéraux de nos sociétés : on peut virer des gens alors que l'entreprise réalise des profits et que le projet industriel est viable.
Et ceux-là même qui se prétendent "libéraux" trouvent des moyens tout à fait rationnels de justification de ce scandale permanent !
Dénoncer les licenciements de sociétés qui font du profit passe pour l'exemple meme de l'indignation d'extrême gauche.
Je regrette pourtant : s'indigner de cela n'a rien de bien révolutionnaire et puise au contraire sa justification dans les fondements bien plus académiques propres à toutes les sociétés occidentales que sont la chrétienté, l'Humanisme et ... le libéralisme lui-même !
S'offusquer de cette réalité là, c'est même très petit bourgeois : c'est une question de MORALE.
Un système qui aboutit à virer des gens qui travaillent depuis 30 ans pour la même boite, alors même que cette boite là :
- fait de l'argent
- est viable économiquement
c'est une forme d'organisation autoritaire à mille lieues des valeurs libérales !
en raison de l'émergence de cette nouvelle structure qui opprime tout (chef d'entreprise, salariés, peuples, environnement) je crois très sérieusement qu'on peut être aujourd'hui, de nouveau, révolutionnaire.
la perspective révolutionnaire tout simplement parce qu'il y a des structures autoritaires, muées par un véritable dogme, n'ayant rien à voir avec le libéralisme classique.
Ces structures là doivent être abattues.
Voilà mon "opinion".



