ignazio silone informatore ?

Les livres et les auteurs italiens que vous avez adorés, détestés...

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ignazio silone informatore ?

Messagede julien » Jeu Déc 22, 2005 6:41 pm

Bonjour à tous. Je suis nouveau sur le site.
Je ne sais pas si des lecteurs du forum sont au courant de ce débat qui fait des ravages en Italie et aux USA depuis quelques années mais qui demeure pratiquement inconnu en France. Je vais vous le résumer rapidement :
Ignazio Silone (1900-1978) a été dans les années 1930/40 un des romanciers les plus célèbres au monde : son roman Fontamara (1934) a été traduit en 28 langues et ses autres ouvrages ont également connu un grand succès de publique et d'estime : Le Pain et le Vin, l'Aventure d'un pauvre chrétien, le Secret de Luc etc. Antifasciste de la première heure, il était parti en exil après la marche sur Rome et devint un des dirigents les plus importants de Parti Communiste Italien, mais à partir de 1930 dénonça la dérive stalinienne du communisme et devint, selon ses propres mots, "un chrétien sans église, un socialiste sans parti." Ce fut, jusqu'à sa mort, une figure emblématique de l'antifascisme et du combat contre tous les totalitarismes.
Or, les historiens Biocca et Canali ont revelé à partir de 1996, que Silone aurait été de 1919 à 1930, un informateur de la police politique. Ils ont réitéré leurs terribles accusations dans deux livres. En fouillant les archives de la Direction de la Police Politique, ces universitaires ont en effet retrouvé quantité de missives émanantes d'un mystérieux "Silvestri", informateur manifestement haut placé dans les sphères du PCI, adressées toujours à la même personne, le commissaire de police Guido Bellone de Rome. Par rapprochements successives, ils ont fini par attribuer ces lettres à Silone ; leurs conclusions sont formelles, mais tout le monde ne les accepte pas, notamment le grand chroniqueur Indro Montanelle qui s'est exclamé, peu avant de mourir, "je n'y croirai pas, même si Silone venait lui-même me le dire !"
Le sujet est peut-être totalement inconnu aux lecteurs du forum, mais si certains souhaitent dialoguer avec moi, je suis à leur disposition. Si vous le souhaitez, c'est un débat passionnant qui nous attend, à la fois sur l'historiographie, sur le fascisme et sur la personnalité et l'oeuvre de Silone.
A bientôt ?
julien
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Messagede Marcello » Jeu Déc 22, 2005 7:06 pm

Bonjour Julien et bienvenue.

Merci beaucoup pour avoir lancé ce sujet. En réalité, j'était au courant de toute cette histoire car j'avais traduit en Italien un livre d'un historien suisse Peter Kamber, qui s'est longuement penché sur la question. D'ailleurs, il exclue résolument que Silone puisse avoir été un espion fasciste. Il essaie même de démontrer qu'il a fait du contre-espionnage pour les Américains. Personnellement, même si j'aime bien Silone notamment Fontamara et Il segreto di Luca, je serais plus prudent...
Dernière édition par Marcello le Sam Déc 24, 2005 12:21 pm, édité 1 fois.
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Silone informatore della polizia fascista ?

Messagede julien » Ven Déc 23, 2005 1:56 am

Marci à Marcello pour sa réponse.
A ce jour, je n'ai pas pu prendre connaissance des publications de l'historien suisse Peter Kamber car, selon ce que j'en sais, ce chercheur n'a pas traduit ses travaux ni en français ni en italien - or, je ne maîtrise guère l'allemend. Je sais qu'il a concentré ses recherches sur les relations existantes pendant la déuxième guerre mondiale et les années immédiatement suivantes, entre Silone et l'OSS (l'ancêtre de la CIA). D'après ses conclusions, il semblerait avéré (je parle au conditionnel pour les raisons ci-dessus exposées) que Silone collabora avec les agents secrets USA, et notamment avec Foster Dulles. L'information est certes intéressante en soit, mais secondaire par rapport à ce qu'on appelle le "cas Silone", véritable scandal historique et idéologique dans l'Italie contemporaine. En effet, on ne peut pas mettre sur le même plan d'un côté la collaboration clandestine entre un dirigeant du PCI en exil et la police politique fasciste, et de l'autre la fourniture de renseignements à une puissance démocratique en lutte contre le nazi-fascisme d'abord et le totalitarisme stalinien ensuite. Le deux démarches ne peuvent être confondues, car elles restent absolument séparées par un véritable abîme non seulement idéologique, mais même moral.

Toutefois, au point où on en est avec cette affaire absolument désastreuse, nous sommes désormais obligés de nous poser des questions sur la personnalité même de Silone : car, si on devait accepter la version de Biocca, Canali et Franzinelli, on serait contraints de s'intérroger sur certains aspects de la personnalité de Silone qui, jusqu'à présent, ont été négligés par ses biographes. Car la collaboration Silone/Bellone nous pose le problème d'un "crime sans mobile" : rien, d'après l'état actuel de nos connaissances, ne pouvait "OBLIGER" Silone à devenir un infomateur de la police dès 1919. La question que Marcello pourrait donc être tournée ainsi : la collaboration Silone/OSS, ne révélerait-elle pas une tendance profonde de Silone pour le double jeu, le mensonge et le travestissement, d'ordre, peut-être, davantage psychologique que politique ? Franzinelli écrit dans son livre "I tentacoli dell'OVRA", p. 338 (note n° 64) :

"L'intellettuale marsicano interriorizzo' la logica degli eteronomi, cui ricorse abitualmente fino alla fine della guerra. Nel 1944, Foster Dulles lo contatto' a Berna ; in un rapporto sulla sua personalità, viene evidenziato tale particolare : "ha almeno 5 pseudonimi : Silone, Ippolito Silone, Simone Romano, Nickel Fitz, Pasquini (...)." Nei documenti ufficiali del servizio informativo statunitense, Silone era indicato con i nn. 475 e 690 e con gli pseudonimi Frost, Len, Tulio e Beher."

Ce "travestissement" est une constante dans pratiquement tous les romans de Silone - son personnage le plus emblématique, le militant Pietro Spina, protagoniste de "Fontamara" et "Vino e Pane", se déguise d'ailleurs en prêtre jusqu'à, c'est le cas de le dire, à y perdre son latin.... Le romancier lui-même changea non seulement de pseudonyme, mais d'état civil, car né Secondino Tranquilli, il devint officielement Ignazio Silone dans l'après guerre.
Merci à Marcello d'avoir démarré le débât avec cet aspect intéressant de la vie de Silone : toutefois, j'insiste sur le fait qu'à mon sens, le véritable "cas" Silone n'est pas constitué par ses relations avec l'OSS, mais avec la police fasciste.
J'attends vos réactions.

PS : une erreur de frappe a transformé mon prénom JULIEN en JULIE. Je suis bel et bien un monsieur. L'erreur sera, je l'éspère, corrigée.
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Messagede Marcello » Sam Déc 24, 2005 12:20 pm

A ce jour, je n'ai pas pu prendre connaissance des publications de l'historien suisse Peter Kamber car, selon ce que j'en sais, ce chercheur n'a pas traduit ses travaux ni en français ni en italien - or, je ne maîtrise guère l'allemend.

je sais... l'éditeur suisse pour lequel j'avais fait la traduction n'a pas encore publié le livre mmaarrt

Ce "travestissement" est une constante dans pratiquement tous les romans de Silone - son personnage le plus emblématique, le militant Pietro Spina, protagoniste de "Fontamara" et "Vino e Pane", se déguise d'ailleurs en prêtre jusqu'à, c'est le cas de le dire, à y perdre son latin.... Le romancier lui-même changea non seulement de pseudonyme, mais d'état civil, car né Secondino Tranquilli, il devint officielement Ignazio Silone dans l'après guerre.
Merci à Marcello d'avoir démarré le débât avec cet aspect intéressant de la vie de Silone : toutefois, j'insiste sur le fait qu'à mon sens, le véritable "cas" Silone n'est pas constitué par ses relations avec l'OSS, mais avec la police fasciste.


Je trouve cette théorie du "travestissement" de Silone très intéressante. D'ailleurs toujours dans le même livre de Kamber (je dois avoir la traduction quelque part e si cela t'intéresse je te la passe) qui s'appelle Geschichte zweier Leben – Wladimir Rosenbaum und Aline Valangin, on parle longtemps de la liaison que Silone (qu'à l'époque ne s'appelait que Tranquilli) a eu avec Aline Valangin (une riche "bienfaitrice") et de tous les problèmes liés à son "instabilité psychologique".

Je pense que le débat sur rapport entre l'œuvre, n'importe quelle oeuvre dans n'importe quel domaine, et son auteur est loin d'être clos. La connaissance de la vie de l'auteur, ses faiblesses ou souvent pire (pensez à Céline, Wagner, Pirandello, Furtwängler...) déteint inévitablement sur le jugement que nous avons de son oeuvre. Et alors, comment faire ?
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Messagede julien » Sam Déc 24, 2005 1:31 pm

Cher Marcello, je serais effectivement très très heureux de pouvoir lire ta traduction de Kamber. Dis-moi comment je dois procéder. J'habite Paris.

Pour en revenir à Silone, il est étonnant que ses biographes (ou plutôt agiographes) aient négligé jusqu'à présent "le lien entre l'auteur et l'oeuvre" qui, comme tu le souligne, reste pourtant indispensable pour la compréhension de tout ouvrage. Pourtant, quand on lit les livres de Silone, on ne peut pas échapper à certains "signaux" qui reviennent continuellement, comme une obsession : la problématique du travestissement, du double jeu, du mensonge, de la trahison et, pour terminer, du remord, est présente dans tous ses livres, sans exception, y compris dans le "Secret de Luc" qui, pourtant, n'est pas une histoire "politique". Au même temps, les "défenseurs" de Silone déplorent que, de nos jours, il ne soit plus lu : c'est une position contradictoire, car pour pouvoir aujourd'hui apprécier pleinement ce grand romancier, il faut dépasser la première lecture (le monde archaique des petits bergers des Abruzzes, qui a complètement disparu - sauf dans certains pays du tiers monde) pour appréhender le côté obscur, tragique qui fait de Silone un grand romancier : non pas "en dépit", mais "à cause" de cela !

Je vous cite certains passages de l'oeuvre de Silone qui ne peuvent pas être compris sans la prise en compte de sa "double vie" (c'est un simple échantillon, je pourrais remplir des pages) :
"Raccontaci la tua lunga, incomprensibile storia, disse la ragazza tedesca. Berremo caffé e veglieremo per ascoltarti. Anche se non capiremo, non fa niente. Le storie più belle sono incomprensibili. " (Uscita di Sicurezza).
"Cerca di rederti conto, se puoi, della stranezza della situazione. Noi e inostri avversari abbiamo disseminato di tagliole tutto il terreno ; ma siamo costretti a muoverci nello stesso spazio. Ognuno rischia di essere vittima del proprio inganno. Non è appassionante ?" (La Volpe e le Camelie).
Trovo queste parole assolutamente affascinanti quando si conosce cio' che esiste "detro il sipario" !

Je souhaiterais poursuivre ce débât passionant. Les lecteurs du forums ont-ils d'autres remarques en réserve ? Tout le poids de la discussion ne peut pas réposer sur les épaules du pauvre Marcello, tel qu'Atlas supportant la terre ! Au boulot, feignants !

Par ailleurs, si vous avez envie de vous plonger dans l'océan de cette problématique, je vous donne les coordonnées des trois livres par lesquels le scandal est arrivé, qu'on peut commander chez nos amis de la librairie "La tour de Babel" à Paris :
-Dario Biocca - Mauro Canali : "L'informatore : Silone, i comunisti e la polizia", Luni editrice, 2000, 273 pages. C'est le livre qui a révélé le pot aux roses (auparavant, il ya avait eu des colloques et des articles dans la presse). Dans les annexes, les auteurs reproduisent la correspondance Silvestri/Bellone.
-Dario Biocca : "Silone - la doppia vita di un italiano", Rizzoli editore, 2005, 379 pages. Biocca reconstruit la biographie de Silone à partir de ses découvertes récentes. Passionant. Si il y a un livre à lire sur le sujet, c'est celui-ci.
-Mimmo Franzinelli : "I tentacoli dell'OVRA", éd. Bollati/Boringhieri, 1999/2000, 745 pages. C'est un pavé merveilleusement documenté sur l'histoire de la police politique fasciste : il reprend les analyses de Biocca e Canali, les replaçant dans un contexte plus générale.

Ces trois livres sont "à charge" : mais n'oublions pas que certains historiens (Montanelli, Tamburrano, le Centro studi su Silone de Pescina etc...) ne sont pas du tout d'accord avec les conclusions de Biocca e Canali. La polémique n'est pas finie : des révélations plus récentes et d'autres à venir vont certainement la relancer......
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Messagede julien » Ven Déc 30, 2005 4:33 pm

46 visiteurs ont lu ce message et seul le brave Marcello a, à ce jour, réagit. Est-ce possible ? Personne a envie de faire des remarques, poser des questions, protester, préciser, insinuer, suggérer, réclamer, insister, retrancher, la ramener, ruer dans les brancards, lever le bouclier, murmurer, témoigner, démontrer, râler, se révolter, stigmatiser etc. ?
A vos claviers !
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Messagede julien » Mer Aoû 16, 2006 10:28 am

Vous avez certainement suivi les récentes polémiques au sujet des déclarations faites par le grand romancier allemand Gunter GRASS, qui a reconnu publiquement, pour la première fois, qu'en 1944, très jeune, il avait inégré volontairement les WAFFEN SS.

Ces polémiques rappellent celles sur Ignazio Silone.

Personnellement, je serais très indulgent avec GRASS, dont le parcours politique et artistique postérieur à la guerre a largement démontré la sincerité de ses sentiments démocratiques, nés certainement, en grande partie, de cette expérience traumatisante qui fut son engagement dans les WAFFEN SS. GRASS n'était pas et n'est pas un "démon", ni aujourd'hui ni même à l'époque, mais un gamin qui comme des millions d'autres, s'est fourvoyé.

Pourtant, de nombreuses voix se sont levées (exemple, Lech WALESA) demandant que Gunter GRASS soit trainé dans la boue et que son prix Nobel de littérature lui soit retiré.

Si aujourd'hui, 61 ans après la chute du nazi-fascisme, une partie considérable de l'opinion publique se montre aussi sévère avec GRASS, comment aurait-elle réagi avec SILONE si ce dernier avait reconnu, dans un climat autrement plus tendu, ses liens avec la police politique fasciste ? Certainement mal, très mal ; on peut même imaginer le pire...

Je peux donc comprendre parfaitement le silence de SILONE dans l'après guerre, sa réticence à "avouer" ... Probablement, moi-même je lui aurais conseillé de garder le silence, laissant les loups (comme il le confiera sur son lit de mort à sa femme Darina) le déchiqueter une fois dans la tombe...

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Ci-dessous, un article du "Corriere della Sera" sur le cas Gunter GRASS. Je voulais souligner les passages qui me font penser à Silone, mais c'est l'article tout entier que jj'aurais du souligner !

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15 agosto 2006

LO SCRITTORE E LE SS

Günther Grass, il mito dell'innocenza

di Pierluigi Battista STRUMENTI

Nel segreto caparbiamente custodito per oltre sessant'anni da Günter Grass si racchiude l'enigma di un interminabile dopoguerra politico e storiografico incapace di chiudersi perché anche i suoi uomini più illustri, generosi, sensibili e illuminanti hanno accuratamente evitato, per decenni, di dire la verità. Perché hanno cancellato le tracce e sapientemente ritoccato le loro biografie.

Hanno lasciato che si depositasse una patina di inautenticità e di ipocrisia sui loro percorsi esistenziali. Hanno fatto di se stessi un monumento. Hanno inventato il mito della loro innocenza. Ma nell'atmosfera della malafede, le peggiori tragedie del passato, benché rimosse, riaffiorano come fantasmi implacabili.

Nella sua confessione alla Frankfurter Allgemeine, Günter Grass rivela di essersi arruolato, giovanissimo, nelle Waffen Ss.

È una notizia traumatica, sorprendente. Ma non è sorprendente la motivazione con cui l'autore del Tamburo di latta — una delle più sottili investigazioni sulla temperie psicologica e morale che favorì l'ascesa del nazionalsocialismo in Germania — ha giustificato la sua tenace reticenza su quella scelta fatale abbracciata a quindici anni, poco più che bambino: tacque «per vergogna», seppellì quel passato compromettente perché, confessa, «non avevo mai trovato la forza di dirlo». Spiegazione nient'affatto sorprendente perché quel miscuglio di omertà, vergogna, imbarazzo destinato ad alimentarsi per sessant'anni è la carta di identità di un intero establishment intellettuale che ha costruito, dopo la sconfitta del nazismo e del fascismo, la propria leadership morale spezzando ogni legame con il proprio vissuto, con il ricordo molesto degli anni in cui il Mostro trionfante aveva sedotto e abbacinato anche i «migliori».

Qualcosa di profondamente diverso dal banale opportunismo degli eterni voltagabbana che cambiano pelle a ogni mutamento di regime. Qualcosa di molto somigliante, invece, all'annichilimento volontario del passato, a un «patto dell'oblio», come lo ha definito Alberto Cavaglion, necessario alla costruzione di una leggenda in cui l'orrore del passato, deformato e reso irriconoscibile, è stato messo in conto solo a un manipolo minoritario di malvagi irredimibili, restituendo una patente incontaminata alla moltitudine dei complici e dei seguaci.

Se dunque Grass non merita un processo iniquo e tardivo, se la pietas,
non l'indignazione, è il sentimento meno crudele nei confronti del giovane che Grass è stato, di un adolescente confuso e frastornato che scambiava la croce uncinata per un simbolo del destino e dell'avventura, un giudizio diverso non può che gettare un'ombra sull'attiva partecipazione al «patto dell'oblio» di uno scrittore gratificato dal ruolo di coscienza critica, incarnazione di quella «nobiltà dello spirito» così rara nella Germania postnazista umiliata e prostrata da una sconfitta apocalittica. Davvero non si trova «la forza per dirlo» in oltre sessant'anni? E nessuno immaginava, nessuno biografo indiscreto in tutto questo tempo ha trovato l'ardire di indagare sugli anni giovanili del grande scrittore? E qual è il motivo di tanta delicato riserbo per un tempo così prolungato? La vergogna, certo. Anche Norberto Bobbio tacque, per vergogna, su alcune sciagurate lettere servili indirizzate al duce. Ma non nascose il suo rimorso, non volle più galleggiare nell'indulgenza autocompiaciuta e lo disse con dolore a un giornalista «fascista», Pietrangelo Buttafuoco, in una confessione che gli fa onore e che invece venne deplorata come una imperdonabile «debolezza» dai custodi dell'ortodossia e dagli addetti alla monumentalizzazione della storia. E la confessione di Grass è forse scossa dalla stessa vergogna della vergogna coraggiosamente denunciata da Bobbio?

La storia di Günter Grass merita rispetto, come quella, identica o analoga, dei tanti intellettuali italiani che, passati gli anni dell'adesione al fascismo o della compromissione con il regime, sono diventati il cuore e il cervello dell'Italia antifascista occultando le tracce della loro vita precedente. Anche loro, Vittorini, Bilenchi e Argan, Calamandrei, Moravia e Della Volpe, Paci, Firpo e Pasolini, Gadda, Pavese e Spadolini, Piovene, Rossellini e Sapegno, Cantimori, Muscetta e Bianchi Bandinelli e tanti, tantissimi altri hanno reciso i vincoli esistenziali con la parte imbarazzante di sé. Hanno modificato la loro biografia, rielaborandola, edulcorandola, abbellendola, rimodellandola per renderla accettabile ed esemplare. Hanno pasticciato con le date della loro «fuoruscita» dal recinto del regime, dilatato oltre ogni misura qualsiasi stormir di «fronda» e di precoce dissenso, sdoppiato la loro personalità («fascisti fuori, antifascisti dentro»), nobilitato sé stessi con gli esempi della storia e della letteratura (Nicodemo, la
«dissimulazione onesta»). Gli effetti della vergogna, certo. Ma anche il sostegno degli amministratori autorizzati del «patto dell'oblio» che hanno accusato di «sensazionalismo» e di «scandalismo» chi faceva menzione di un passato che doveva essere cancellato per sempre, come se il riaffiorare delle tracce occultate fosse conseguenza del lavorio torbido di devastatori della memoria antifascista intenti a imbrattare i busti dei padri della patria, a intingere le loro penne nel veleno della denigrazione.

E invece il sensazionalismo non è che l'altra faccia del silenzio e dell'omertà. E l'omertà è il prezzo da pagare per far coincidere la propria vita con la leggenda. Chi oggi potrebbe mettere in discussione la grandezza dei romanzi di Grass o far pesare sulla reputazione di un grande scrittore la sventatezza dei suoi quindici anni? Si scolora sempre di più, semmai, la reputazione di un dopoguerra che non ha conosciuto il rigore della resa dei conti e ha costruito un suo pantheon di eccellenza a prescindere dal contenuto di verità che ne avrebbe legittimato il primato. Senza nemmeno il coraggio di trovare «la forza per dirlo».
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